27.05.2011
Y a-t-il une politique (2012) du rap ✘
"Le rap, c’est vraiment marrant mec. Mais si tu piges pas que c’est marrant, tu vas en chier dans ton froc." (Ice T.)
Quelques préalables ...
Bah Sens du mot "politique" … euh ... flottant.
Si l’on considère le rap comme une forme, la question : "y a-t-il une politique du rap ?" a-t-elle un sens ?
Selon Godard : "Un travelling peut être révolutionnaire".... Auquel cas ce n’est pas la forme en soi qui serait politique mais son usage. Mais dans la mesure où une forme est toujours créée pour un usage, l’usage (politique ou non) serait donc la cause finale de la forme ?
C'est banal de constater que le rap s’adresse en priorité à un certain public et qu’il est voué à certains usages.
On peut même dire qu’il est possible de repérer des usages politiques du rap – tant dans la pratique que dans l’écoute – et des usages qui ne le sont pas ou moins.
Les acteurs du rap font explicitement écho à ceci :
"(…) Je suis militant
Tous les combats qu’on livre c’est pour de bon
Si on doit changer les choses c’est maintenant
Tous les combats qu’on livre c’est pour de bon
Solidaire entre les gens du ghetto" 113 Militant Album Fout la merde
Mais aussi du pas très politique :
"Laisse moi kiffer la vibe avec mon mec" Diams
"Un seul but faire kiffer la masse" La Clinique
Le militant et l’amuseur donc ... Dans cette perspective le rap ne serait qu’un énième avatar de l’industrie culturelle et par conséquent resterait solidaire des principes économiques d’une société capitaliste et de sa politique ultra-libérale. Mouais peut-être !!!!!!
La dualité du rap ...
En réalité, le débat qui oppose :
rap artistique/rap affairiste,
rap subversif/rap consensuel,
rap conscient/rap ludique,
rap superficiel/rap profond… s’avère aussi vieux que le rap lui-même.
Cette double polarité est inscrite dans la charte de la Zulu Nation, un des textes de référence de la culture hip-hop par Africa Bambaataa qui est : "Peace, unity, consciousness… and had fun !"
La tension donc, entre ces deux polarités, en apparence contradictoires, constitue un ressort de l’expression dans le rap.
Hamé, membre du groupe français La Rumeur :
"Le rap n’est pas libérateur dans l’absolu. Il y a un rap aliénant, matérialiste, vidé de sa subversion. Et, derrière, une instrumentalisation de ce rap-là, pour masquer les problèmes, ravaler la façade, avec l’appui de l’industrie du disque qui le bombarde. Un modèle en phase avec l’idéologie bourgeoise, capitaliste, alors que le rap est né dans la merde. Et que l’une de ses fonctions fondamentales est de retourner le stylo contre les causes qui génèrent cette merde."
"Le rap ne doit pas être politique mais le hip hop dans sa genèse est conscient et politique." Rockin’ Squat, MC du groupe Assassin
De fait, lorsque la culture légitimée, avec ses chercheurs, ses universitaires, ou ses journalistes (spécialisés ou non), et qu'ils se penchent sur le rap et la culture hip-hop, c’est tout le temps autour de sa dimension sociologique, ou de ses contenus politiques, voire de son impact économique ou encore sur les stratégies financières des rappeurs mais beaucoup plus rarement pour ce qui concerne la dimension esthétique de cette forme d’expression.
Les médias et le rap ??!! C'est toujours à propos de faits divers concernant des rappeurs qui ont défrayé la chronique (incartade de Joey Starr ou de Doc Gyneco ou encore sur des questions sociologiques ou politiques (polémique Sarko/Snipper) , mais pratiquement jamais sur des thèmes esthétiques.
Or qu’ils soient américains ou hexagonaux, ce que les rappeurs redoutent de manière unanime, c’est de voir leur démarche musicale/poétique/artistique être réduite à une dimension trivialement politique ou sociale.
"Je ne suis en rien politicien" NTM
"Je ne suis pas un politicien, je suis un vecteur d’informations" Chuck D de Public enemy
"De nos jours les gens ont tendance à présenter les rappeurs comme des leaders politiques. Nous ne le sommes pas. Nous sommes des artistes, nous exprimons notre manière de vivre et nos croyances" Arrested Developpement
"La vraie révolution n’a pas besoin d’un support musical pour exister... si on est des musiciens c’est qu’on est aussi des rêveurs" Joey Starr
Lorsque l’on demande aux artistes d’assumer le rôle des politiques, c’est en fait que les politiques n’ont pas grand chose à proposer.
Comme le souligne à juste titre une déclaration de Bill Stephney, l’un des membres fondateurs du groupe Public Enemy qui, confronté en 1987 lors d’un colloque à la Howard University à des représentants éminents de la communauté afro-américaine (Amiri Baraka, le poète Mutabaruka, le musicien James Mtume) des aînés qui reprochaient aux rappeurs leur manque d’engagement et d’activisme, fit cette déclaration exemplaire :
"Malheur à une communauté qui doit compter sur les rappeurs pour prendre la direction politique. Parce que ça ne correspond pas à un progrès mais à un manque. Maintenant que les leaders de notre communauté ne sont plus capables de prendre leurs responsabilités, vous allez l’abandonner à un gamin de dix-huit ans qui à une tchatche du tonnerre ? Quel est le critère qui a révélé ce leadership ? Il a la tchatche ? Ca s’arrête là ? Si notre leadership doit être assuré par un gamin de dix-huit ans qui n’a aucun projet on est dans la merde. On est foutus."
Même si ce refus énergique des rappeurs de laisser circonscrire leur intervention dans le cadre du politique ou du sociologique n’exclut bien sûr pas ni la conscience politique ni la lucidité sociale :
"Je ne veux pas faire de politique Ma mission est artistique,
Mais quand je vois tout le trafic On ne peut pas rester pacifique" Assassin
À partir de là, se dégage une première ligne d’intervention politique du rap.
Dénonciations et thèmes fédérateurs ...
C’est sans doute ce qui apparaît de la manière la plus évidente au profane comme une politique.
Elles sont traditionnelles, plutôt sommaires et stéréotypées, même si certaines ne manquent pas de sel ou de prégnance dramatique !!
Contre les brutalités policières, les rap sur le sujet se veulent comme autant de rappel d’affaires qui n’ont pas eu de suites judiciaires et brisent délibérément le consensus irénique concernant l’activité de la police.
Contre la discrimination
Contre l’extrême droite
"J’entends des cris des pleurs
"L’extrême droite en France prend de l’ampleur" Monsieur R. J’accuse
Ou bien contre la censure avec un album de moyenne durée présentant en freestyle "30 rappeurs contre la censure"
La situation palestinienne ===> Jeteur de pierres du groupe Sniper
Mais ce discours politique déployé à longueur de rap et que l’on peut juger simpliste, réducteur, sommaire … joue aussi comme fait écran, comme prétexte à ne pas entendre autre chose du rap, à ne pas entendre plus loin.
Rabattre le rap sur ses seules dimensions sociale, politique, voire économique… est un moyen d’évincer la prise en charge de sa dimension esthétique. Or, à mon avis, c’est précisément dans le cadre de l’esthétique que se joue la politique du rap.
Oubliant que les rappeurs se revendiquent d’abord comme des artistes, on a vite fait de dénoncer le simplisme de leur conceptions politiques.
À y regarder de plus près, les rappeurs ne sont d’ailleurs ni plus simplistes, ni plus contradictoires dans leurs prises de positions politiques que ne le furent en leur temps les surréalistes ou les futuristes et qui n’avaient au bout du compte d’intérêt que dans la mesure où une esthétique était sous-jacente à cette politique de posture.
En fait ce qui, à mon sens, donne sa véritable dimension politique au rap, c’est précisément la façon dont les rappeurs vivent leur rapport à leur pratique qui pour la plupart constitue en fait leur seul véritable engagement
"Sages Poètes de la Rue" : "Ma politique c’est la poétique poussée à l’extrême."
Ne pourrait-on pas dire qu’il y a en définitive quelque chose d’effrontément politique dans l’attitude qui consiste à répondre aux stipulations du genre :
- Va t’inscrire sur les listes électorales !
- Va faire un stage !
- Arrêtes de fumer des joins !
- T’es convoqué au bureau d’aide sociale
- Viens toucher ton RMI !
- Sèche pas les cours et travaille en classe…
Je suis un poète ! Je suis un artiste ! Je suis un musicien ! …
Autant de réponses qui d’un point de vue de la pragmatique du discours correspondent à peu près à la formule : "allez vous faire foutre !"
Politique du poétique ...
"Mon expression vaut toutes les manifestations" Assassin Sérieux dans nos affaires
"J'lève ma rime, à votre santé, j'lève ma rime
Que les Anges marchent avec vous quoi qu'il arrive
Mon rap laissant la mode à la morgue
Impossible de mettre à la norme
Sera pour vous, à la vie à la mort..." Keny Arkana
En s’invitant sans vergogne à la table de l’art, les rappeurs nous amènent sans doute à reconsidérer la place de l’artiste dans la cité. Et si les hommes sont égaux, pourquoi ne le seraient-ils pas dans leur faculté à produire des formes intéressantes d’expression poétiques et à susciter la contemplation chez leurs semblables ? Le rap expulse l’art de la position inexpugnable qu’il s’était constitué dans le mouvement induit par le processus de causalité circulaire qui lie les pratiques artistiques et les constructions théoriques de l’esthétique.
D’un autre côté il est possible que, même en tant créateurs, les rappeurs ne soient pas aussi révolutionnaires qu’il n’y paraît dans leur façon d’endosser le costume de l’artiste taillé par l’esthétique, quitte à le faire un peu péter aux entournures et à lui donner des airs de manteau d’Arlequin.
Politique du bruit ...
Plus tard .....
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13.04.2011
Desproges et le foot ✘

......Voici bientôt quatre longues semaines que les gens normaux, j'entends les gens issus de la norme, avec deux bras et deux jambes pour signifier qu'ils existent, subissent à longueur d'antenne les dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares qui se disputent sur gazon l'honneur minuscule d'être champions de la balle au pied
......Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s'abaisser à jouer au football.
......Le football. Quel sport est plus laid, plus balourd et moins gracieux que le football ? Quelle harmonie, quelle élégance l'esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de vingt-deux handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de bœufs éteints ?
......Quel bâtard en rut de quel corniaud branlé oserait manifester publiquement sa libido en s'enlaçant frénétiquement comme ils le font par paquets de huit, à grands coups de pattes grasses et mouillées, en ululant des gutturalités simiesques à choquer un rocker d'usine ? Quelle brute glacée, quel monstre décérébré de quel ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux goalistes extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de quarante morts piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois ?
......Je vous hais, footballeurs. Vous ne m'avez fait vibrer qu'une fois : le jour où j'ai appris que vous aviez attrapé la chiasse mexicaine en suçant des frites aztèques. J'eusse aimé que les amibes vous coupassent les pattes jusqu'à la fin du tournoi. Mais Dieu n'a pas voulu. Ça ne m'a pas surpris de sa part. Il est des vôtres. Il est comme vous. Il est partout, tout le temps, quoi qu'on fasse et où qu'on se planque, on ne peut y échapper.
......Quand j'étais petit garçon, je me suis cru longtemps anormal parce que je vous repoussais déjà. Je refusais systématiquement de jouer au foot, à l'école ou dans la rue. On me disait : « Ah, la fille ! » ou bien : « Tiens, il est malade », tellement l'idée d'anormalité est solidement solidaire de la non-footballité.
......Je vous emmerde. Je n'ai jamais été malade. Quant à la féminité que vous subodoriez, elle est toujours en moi. Et me pousse aux temps chauds à rechercher la compagnie des femmes. Y compris celle des vôtres que je ne rechigne pas à culbuter quand vous vibrez aux stades.
......Pouf, pouf.
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07.04.2011
Maison de Cartier ✘
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